Frère Auguste BARBAUT
le Frère Auguste Barbaut
né le 05-10-1909 
Mort le 1 février 2001 
à 92 ans
Enterré au cimetière 
des Frères d' Annapes

retour aux anciens

Un éducateur - Un formateur d’hommes - 
Un Frère des Écoles Chrétiennes.
 

« Il a marqué des générations » 

La Presse boulonnaise

retour aux anciens

les paragraphes

Enfance et jeunesse

L’apprentissage du métier 
la formation d’un formateur

”Godefroy de Bouillon”
 avant la guerre 
(1934-1939)

”Godefroy de Bouillon” 
pendant la guerre 
(1939-1945)

”Godefroy de Bouillon”
 après la guerre

Servir autrement 
(1976-1992) 

Tel qu’en lui-même enfin
 (1992-2001) 

 

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Enfance et jeunesse

Auguste Barbaut a vu le jour, le 5 octobre 1909, à Gonnehem, petite commune du Pas-de-Calais, Canton de Lillers. Son Père, Léopold Barbaut, exerçait les fonctions de secrétaire de mairie, seul du village à posséder le Brevet Élémentaire. Sa femme, Céline Boulinguez, tenait avec lui, un de ces bazars de campagne, genre ”On y trouve tout”, à la fois épicerie, droguerie, quincaillerie.

Épreuve déterminante dans la vie d’ Auguste, le père mourut presque subitement, à l’âge de 40 ans. Auguste avait 7 ans. 
Au cours des funérailles, se rappelait-il, il avait crié plusieurs fois « Léopold! Léopold! ». Son frère Léonce et lui furent alors confiés aux religieuses d’un petit pensionnat, à Bouvelinghem, entre Calais et Boulogne. Ils y restèrent 4 ou 5 ans, jusqu’au jour où le Frère Ludovic, les invita à poursuivre leurs études au Petit Noviciat de la Malassise, pour y étudier une éventuelle vocation religieuse.

Mr. Landrieux ( Frère Enée- Joseph ) avait reçu mission de réouvrir à Longuenesse (Malassise) les maisons de formation du District de St Orner, fermées en 1904. Les bâtiments occupés pendant la guerre par un hôpital militaire anglais (sur la toiture une Croix Rouge) sont dans un état déplorable.
Autour de lui, Mr. Landrieux a regroupé une belle communauté professorale: les Frères.
Baert, Deknuit, Merke, Ley..

Auguste se révèle un élève intelligent, ouvert, avide d’apprendre, un peu frondeur, mais sympathique et attachant.

”’ Le Frère Eugène Ley prépare un livre d’arithmétique pour le Brevet, destiné à la fameuse collection « Par une réunion de Professeurs ». Auguste sert de cobaye ». « Tous les problèmes du livre - ils sont près de 500 - je les ai faits au moins 3 fois » racontait Auguste. Il s’agissait de baignoires qui se remplissaient ou se vidaient, de trains qui se croisaient ou se rattrapaient. Le manuel, sous sa couverture rose, a été constamment réimprimé jusqu’à  la disparition du Brevet Élémentaire. Auguste passe le Brevet à Saint Orner en juillet 1925.



L’apprentissage du métier - la formation d’un formateur

Il entre au Noviciat de Hal (près de Bruxelles) à la fin des vacances.

Suivant les usages de l’époque, le temps de formation sera bref. 
Noviciat canonique d’un an, puis, 9 mois de Scolasticat. Après quoi, la Communauté, l’école, la classe. 
Dans le corps professoral du Scolasticat - jeune et brillant - un futur Supérieur général. Auguste ne sera pas son élève : « J’ai raté le F. Nicet. »

Le jeune enseignant n’arrêtera pas ses études. Envoyé en communauté à Dunkerque en septembre 27 ( école Sainte Barbe ), il professe dans une petite classe; mais le soir, à la lueur d’une bougie, cachée par la porte de son armoire ( lumières interdites après 21 heures ), il prépare le Brevet Supérieur. Austérité, pauvreté sont les règles de cette maison; « Mon manteau était une capote de l’armée qu’on avait teintée ».

Mais il y a les vacances. Le Frère Visiteur réunit les Frères du district au Pensionnat de l’ Écluse ( Hollande ). Au cours de semaines studieuses, aidé par les professeurs de St Joseph, Auguste se familiarise avec les livres de Math Elem des Frères, surtout avec les fameux « Problèmes de géométrie » ( GM ), longtemps recherchés par les agrégatifs.

En 31-32, voici le « Service Militaire ». Auguste a la chance de l’accomplir dans le « Génie ». Après les maths-théoriques, c’est l’heure des maths-appliquées: relevés topographiques, aménagement d’un passage à niveau, construction d’un pont...


”Godefroy de Bouillon” avant la guerre (1934-1939)

Les Supérieurs décident, en 1934, d’ouvrir à Boulogne-sur-Mer une école, attendue depuis longtemps par la population. Ce sera ”Godefroy de Bouillon”. Derrière cette décision, chacun devine le souvenir de Saint Jean-Baptiste de La Salle, venu lui-même à Boulogne, pour y fonder quelques écoles; le souvenir aussi du Bienheureux Frère Salomon, originaire de Boulogne, martyr sous la Révolution. Trois jeunes Frères accompagnent le Frère Henri Duvet, directeur, Frère Auguste Barbaut nommé théoriquement pour un an, plus 2 jeunes Frères.

Les bâtiments sont neufs, grâce à la générosité des Paroisses du Grand Boulogne. L’ Inspecteur qui les visite est intrigué, dans le couloir, par une statue: celle du Bienheureux Salomon. Le frère Duvet a beaucoup de plaisir à lui expliquer: " C’est quelqu’un que les Révolutionnaires ont tué ". 

Avec l’encouragement des Supérieurs, malgré l’incertitude sociale et politique, les Frères de Boulogne, parmi les premiers, reprennent l*habit religieux: le rabat blanc, la robe noire, le manteau à 4 bras. 
Le dimanche 1er Novembre 1934, ils font une entrée solennelle, en l’ Église St Nicolas, à la Grand-Messe. Le Frère Visiteur les accompagne ainsi que les Frères Vincent et Lanselle. Grande émotion ! Les yeux s’embuent. Applaudissements. « Après 30 ans d’éclipse, un retour plein d’espoir » (le doyen).

Cette cérémonie a profondément marqué le Frère Auguste. Il restera fidèle à l’ habit religieux jusqu’à sa mort, même quand tous auront adopté le « clergyman ». Ce geste de 1934 marquait, à la fois, pour lui, un défi, une affirmation, une revanche.

Un confrère raconte: « Je l’accompagnais pour reconduire les élèves. Sur un pont, un gosse nous a  ”couaqués”;  le frère Auguste s’est retourné furieux, esquissant une poursuite... » Le gamin a couru se cacher sous le pont; Frère Auguste a fait respecter partout notre habit, surtout chez les jeunes.

L’école s’est rapidement développée. Les Frères ont senti beaucoup d’amitié. En 1939, elle comptait quelque 300 élèves. 

”Godefroy de Bouillon” pendant la guerre (1939-1945)

Auguste Barbaut, Gaston Loonis, sont mobilisés. Le Frère Duvet reste seul, avec un jeune Frère non encore appelé. On sait peu de choses sur la vie 
d’Auguste pendant les neuf mois de la ”drôle de guerre”. Soldat sans vocation, Auguste porte avec peu d’élégance, le calot, la vareuse, les bandes molletières. Courtes apparitions durant l’hiver 39-40 à Boulogne, à St Omer, en famille.

L’armistice ramène Auguste et Gaston Loonis à Boulogne; ils ont en poche un certificat provisoire de démobilisation. La ville bombardée, occupée par les Allemands, offre un spectacle navrant. Les locaux de la Communauté sont détruits; ceux de l’école, endommagés et occupés. Nos deux amis se mettent à la recherche de leur directeur, Henri Duvet, réfugié à la campagne

A trois, ils réfléchissent au moyen de ”redémarrer” l’école pour les jeunes, restés ou revenus à Boulogne. Installation dans une ferme à  Colembert, puis en divers locaux. La communauté loge rue du Puits d’Amour.

« Années difficiles » écrira Auguste. Aux bombardements allemands de 1940 succèdent les bombardements anglais. Le jour où le Frère Vincent, délégué du Frère Visiteur, vient rétablir le lien avec le district, un passant est tué par un éclat d’obus. Il mesure le courage de nos trois Frères, bien décidés à ne pas quitter leur poste quoi qu’il arrive.


”Godefroy de Bouillon” après la guerre

Les familles reviennent progressivement. 
Beaucoup de jeunes sont en difficulté à cause de l’évacuation, des changements d’école, des traumatismes de la guerre. Auguste sera le dépanneur universel: bachots à repasser, retards scolaires, examens ou concours professionnels, études universitaires mal engagées... et bientôt préparation de patrons de pêche.

L’école se reconstruit, retrouve ses objectifs. Avec le Frère Duvet Directeur, Auguste, Gaston Loonis, se profilent de nouvelles figures. Les jeunes Boulonnais ont du sang marin dans les veines; il leur faut des éducateurs solides et exigeants. Voici, entre autres, les Frères Briche, Haignerb, Mackre, Quétu, Jean Sabatier, Ellebout, Clarisse.

En dehors de sa classe de Brevet, Auguste répond à une demande précise: la préparation de patrons de pêche. Il plonge dans un univers nouveau. Sa formation mathématique, ses connaissances physiques, son intuition pédagogique lui facilitent la tâche.

Lui-même décide de faire, pendant les vacances, plusieurs « marées » (pêche), avec des amis, 8 jours, 15 jours parfois. A, bord, Auguste n’est pas un touriste, mais un simple marin, sa force physique le lui permet. il ignore le mal de mer. Le grand vent l’exalte.

cliquer sur la photo 


Geste de gratitude envers les Frères? Au cours des années 60, un chalutier nouveau porte le nom de « St Jean Baptiste de La Salle ». Ce bateau jetait le chalut sur le côte droit ( bâbord ). L’ Abbé Fourny qui procédait à la bénédiction voulut y voir un écho de la parole de Jésus: ”Jetez les filets au côté droit de la barque et vous prendrez du poisson.” (Jean XXI, 6). 

Servir autrement (1976-1992)

En septembre 1976, le Frère Auguste n’a plus de contrat d’enseignement.

 Un homme de cette trempe ne saurait rester inactif. 
Il va « servir autrement »

Écoutons le programme journalier qu’il se fit et qu’il va suivre fidèlement, au dire des témoins, pendant... 16 ans: « Lever h 5 heures. Prières. Poubelles et chauffage central. Messe à 7 heures. Surveillance sur la cour de récréation, à toutes les récréations. Catéchisme en 4” ( il y en a 3 ), en 5”, en CM 1, Permanence à la chapelle ou malheureusement, il n’y a guère de monde. Surveillance d’études et remplacements à l’occasion. Aide à des élèves en difficulté (actuellement un groupe de 9 en mathématique). Je consacre beaucoup de temps à 2 jumeaux qui n’ont jamais eu de père; la cervelle de l’un d’eux est une éponge (!?)» (lettre au Frère Visiteur).

Au fil des jours la santé du frère Auguste se dégrade. Après de nombreux examens, les médecins diagnostiquent la maladie de Paget (maladie du système osseux qui génère toutes sortes de malaises). C’est cette maladie qui contraint Frère Auguste à gagner la Maison de retraite ( Villeneuve d’ Ascq ), après 59 ans de présence à Boulogne. 59 ans!!!

Quand les confrères taquinent le Frère Auguste sur la durée de ce séjour, il répond avec son humour caustique, qu’il y a 3 raisons: « d’abord, il n’était pas présentable dans les autres maisons - et puis, pas digne d’être envoyé au Second Noviciat - et enfin pas capable d’être directeur... et tant mieux... je ne regrette rien ».

Les Boulonnais non plus!

Tel qu’en lui-même enfin (1992-2001)

Le Frère Auguste trouve facilement sa place à la Maison St Jean. Pas seulement à la Chapelle où il est assidu aux offices, mais dans le jeu des relations. Les frères aiment lui rendre visite, Il se montre souriant et enjoué, grincheux quand il souffre. Lucide et même critique; gouailleur à l’occasion. Il a un don de sympathie qui n’échappe ni au personnel, ni aux personnes de l’extérieur.

Sa famille, ses anciens ne l’oublient pas. Le téléphone, surtout à l’approche des fêtes, résonne souvent. Chaque courrier lui achemine une dizaine de lettres, auxquelles il répond dans la journée. Ses correspondants connaissent sa prodigieuse mémoire. Aussi ne signent-ils pas leurs lettres. Ils indiquent seulement leur date de naissance: 1-4-56, 2-9-36... etc... convention curieuse dont Auguste est fier. Pour lui, chaque ancien est une personne, un visage dans une promotion, une histoire au collège et dans la vie. On songe au mot du prophète: « Ton nom est inscrit dans la paume de ma main. » (Is. XLV, 16).

Sa présence religieuse auprès des anciens et des élèves revêt un caractère classique, un peu traditionnel, anime de fortes convictions, et qui ne détonne pas dans le milieu. Il se méfie des « nouveautés ».

L’annuaire des Anciens, qu’il remet à jour, lui retrace sa carrière S’il a tiré de l’ornière beaucoup de ”paumés”, il a aussi suscité des vocations: 4 Agrégés de mathématiques, 7 ou 8 Ingénieurs, des Patrons de pêche, des journalistes (le Rédacteur en chef d’un grand Régional, un journaliste au ”Monde”).

Citons, pour conclure, ce mini-portrait 
paru dans la presse locale. 

il est de Michel Chemin. 
Chaque mot y sonne étonnamment juste:

« Frère Auguste fut surtout un formateur d’hommes. 
Il a marqué des générations. 
Il enseignait l’exigence, la droiture, 
la curiosité et la jeunesse d’esprit. »

 

Frère Jacques SERLOOTEN Villeneuve d’ Ascq, le 5 mai 2002 .

  

caricature du Frère Auguste réalisé par Michel Chemin


Dessin de Michel CHEMIN


Le reconnaissez vous sur son Solex ?


Mais où est donc passé  le Solex
du Frère Auguste ?
Qui pourrait répondre ?

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