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Mémoire sur
la recherche
de Monsieur
Jean Coppin
et
Avec le
précieux
témoignage du
Très cher Frère RUBIN
de la maison des Frères
à Annapes
QUI
POSSÉDERAIT
UNE PHOTO
DU CHER FRÈRE
ÉMILE BULLE ?
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Frère
Émile
Bulle
Communauté de la Maison Saint-Jean
de VILLENEUVE D'ASCQ (59)
décédé le 1er juin 1995
au C.H.U. de LILLE
dans sa 84ème année
et sa 66eme de vie religieuse
Émile BULLE est né à Roubaix le 19 décembre 1911. Il suit l'itinéraire le plus courant de l'époque. Très jeune, en effet, il est au
Petit-noviciat dirigé par le Frère Blondiau qui se souvient, malgré ses 103 ans, de son ancien et "revoit le petit gringalet de 12 ans, ouvert, bouillant, plein de vie ; d'une volonté qui se manifestait déjà énergique, débrouillarde, enthousiaste et d'une piété sans éclat mais sérieuse. Quelle bonne recrue ! s'exclame-t-il". Il entre au Noviciat de Saint Génois où il prend l'habit le 6 octobre 1927. Une année plus tard, il prononce ses premiers vœux et commence le Scolasticat le 7 octobre 1928. Il sera de courte durée puisqu'il enseigne à Givry dès octobre 1929. Il restera dans cet établissement jusqu'à son départ pour Beyrouth où il accomplira son service militaire en 33 - 34.
A son retour du Moyen Orient, il est envoyé à Armentières Saint Charles pour y faire la classe. Au cours de ce séjour, il prononcera son engagement définitif à Annappes le 9 août 1936. Il restera dans cette communauté jusqu'en 1940. On sait peu de choses sur cette période, seulement qu'il va se retrouver comme enseignant à Annonay pendant une année.
Revenu dans le Nord en septembre 1941, il est alors nommé à Tourcoing comme directeur. Après cinq années de responsabilité, il part faire son Second Noviciat à Rome. A la suite de ce séjour dans la Ville
Éternelle, il est envoyé en mission à Madagascar, d'abord à Soavimbahoaka, puis à Analabé où il est directeur du Noviciat et du Scolasticat.
Après sept années de mission, il revient en France en 1954 pour prendre la direction de Lavai.
Dix ans plus tard, il fait une année à Caen comme préfet. L'année suivante, il exerce la même fonction à
Estaimpuis.
De nouveau, en 1966, le voilà nommé directeur ; à Boulogne cette fois. Comme toujours, il s'y donne à fond à tel point qu'il doit prendre du repos au bout de trois ans.
C'est à Annappes qu'il se refait une santé en 69 - 70.
En septembre il reprend du service à La Malassise - Saint-Omer. Il fera là une longue période avant de passer quelque temps à Sailly-Flibeaucourt d'où il rejoindra la Maison Saint Jean à Annappes le 2 juin 1988.
« Frère Bulle disait à qui voulait l'entendre qu'il n'était pas fait pour être Directeur, qu'il n'en avait ni le goût ni les capacités. Les Supérieurs commettaient une grave erreur en lui confiant les jeunes Frères que nous étions alors. Grâce à Dieu, cela ne l'empêchait nullement de bien mener son école et de nous rendre heureux. Sa manière directe, parfois brusque heurtait à l'occasion. Mais quand le chef prêche d'exemple comment ne pas le suivre ? Tourcoing en 1941, c'était un peu Vaugirard. Une petite maison ouvrière inconfortable. Trois chambres pour quatre. La solution : une échelle permettant au Directeur d'accéder au grenier.
A l'époque on ne parlait pas d'isolation ! Émile Bulle aimait ses Frères. Une anecdote en dira plus qu'un long discours. Les élèves affluaient et nos classes regroupaient jusqu'à 60 - 70 enfants. Nous croulions sous les piles de cahiers à corriger. Il m'arrivait de succomber au sommeil avant d'en avoir terminé. Le lendemain matin (notre lever était fixé à 4 h 30) je retrouvais mes corrections achevées et mon journal de classe annoté. Le Frère qui n'était pas fait pour être Directeur était passé par là.
Un soir de l'été 1946, le Frère Directeur nous annonce, sourire aux lèvres, qu'il a enfin été entendu, que son épreuve est sur le point de s'achever. Il a proposé ses services pour les Missions et sa demande est homologuée. Ce qu'il ignore, c'est qu'à peine arrivé à Madagascar on lui ordonnera de prendre la direction du Noviciat de Tananarive. Bon gré, mal
gré il fait face, et fort bien comme le souligne Michel Sauvage : "Ce Chercheur de Dieu a su communiquer aux jeunes novices le souci d'authenticité dans sa manière de vivre la consécration religieuse."
Directeur malgré lui, il le sera de nouveau à Lavai de 54 à 64. Voici, au sujet de cette période, un extrait d'un fax du Frère René Mercier de Beauvais :
"Lorsque le Frère Bulle est arrivé, cette école était en perte de vitesse (180 élèves). A son départ elle en comptait plus de 400 et jouissait d'une très bonne renommée.
Directeur d'école, le Frère était exigeant, sévère même. Il fallait travailler et se montrer discipliné. La formation chrétienne était pour lui primordiale.
Directeur de communauté, il réclamait la pratique de la règle et souffrait lorsque des accrocs se produisaient. Ceci n 'empêchait pas sa bonté de se manifester. Aux sorties communautaires qu 'il organisait volontiers, il se montrait gai et détendu ... " »
La dernière station de son "chemin de croix de Directeur" - c'est l'intéressé qui parle - se déroulera à Boulogne. Il s'y investira tant qu'il en perdra la santé. Après trois années de direction, il devra accepter de prendre un temps de
repos.
La Maison d'Annappes l'accueillera pour cette pause.
Arrivant à la Malassise l'année suivante, en 1970, pour une nouvelle mission, il doit se ménager. Mais, comme le dit un témoin, le Frère Jacques Six :
"très vite il est fait appel à ses services comme chef de division des troisièmes - quatrièmes. Il assume, parfois en grognant, mais toujours fidèle. Les adolescents l'acceptent comme il est, car ils devinent en lui un homme profondément bon et sensible à leurs souhaits. Lorsqu'en 1974, un confrère plus jeune se présente pour prendre la relève, c'est avec joie qu'il accepte. Il prend alors la procure en charge. Durant huit années, avec ordre, méthode et une grande disponibilité il est au service de tous. "
De ce passage à la Malassise, un autre Frère - le Frère Raymond Lefebvre - dit combien il a apprécié le Frère
Émile Bulle. "En février 1970, une grande partie des locaux du collège furent détruits par un incendie. J'étais à l'époque, professeur en première, responsable de l'internat du lycée, et directeur du premier cycle. Alors que la communauté était divisée et ne m'apportait que très peu du support et de l'amitié dont j'avais besoin, le Frère Bulle se révéla, à mon égard, très compréhensif et très solide dans sa collaboration. Avec les professeurs il eut de bonnes relations.
Les élèves le trouvaient un peu « raide » mais l'appréciaient"
La plupart de ceux qui ont vécu avec le Frère Émile Bulle s'accordent à dire qu'il était exigeant.
Peu évoquent, par contre, ses fragilités psychologiques. Le Frère Lefebvre dit même qu'il était dépressif, surtout quand il assurait la responsabilité de direction. Ce sera un peu plus manifeste à Lavai et à Boulogne. Le Frère René Mercier, ancien visiteur, et qui dirigeait alors un établissement proche de Lavai, avoue qu'il devait souvent le réconforter quand il était en Mayenne. Le Frère Bulle lui téléphonait souvent pour lui dire les difficultés qu'il rencontrait avec les Frères de sa communauté. On dit que les Normands n'aiment bien obéir qu'à des Normands. Il faut avec eux une certaine patience (peut-être aussi des convictions "relatives") ; mais quand on est accepté les choses s'arrangent facilement. En réalité les Normands ne l'ont accepté ni à Lavai, ni à Caen ...
Les années de Boulogne ne furent pas sereines non plus. La grande fatigue qui nécessita du repos après trois années était-elle de la déprime ? Toujours est-il que les tensions avec les Frères et la charge de responsable à la fois de l'établissement et de la communauté avaient fini par avoir raison de sa rigueur un peu austère.
La Malassise l'aura retenu pour la plus grande étape de sa vie. Arrivant ensuite à Sailly-Flibeaucourt pour prendre enfin une vraie retraite, le Frère Bulle ne trouve pas la communauté à son goût. A l'époque, il n'y avait guère de vie communautaire et l'homme profondément religieux n'y trouvait pas son compte. De fortes personnalités ne facilitaient pas non plus la vie quotidienne et il y avait parfois des clashes. Le responsable de la communauté laissait tout aller, lui-même victime d'une véritable déroute personnelle. De ce fait, il ne s'entendait pas du tout avec lui. Ce n'était donc pas le rêve d'un vrai religieux. Un changement étant intervenu en 1987, notre Frère retrouve une certaine sérénité et il s'entend bien avec tout le
monde.
Malheureusement sa santé décline et plusieurs crises cardiaques nécessitent de courtes hospitalisations à Abbeville. Il avait toujours été, même manuellement, très actif. Il voit alors ses forces décliner petit à petit. Malgré tout ce qu'on peut lui dire, il ne peut tolérer de rester sans travailler. Il demande donc d'aller à Annappes.
Le 2 juin 1988 le Frère Émile Bulle arrive à la Maison Saint-Jean. Fragilisé par ses problèmes cardiaques, il mènera une vie simple au milieu de ses confrères dans la fidélité et la rigueur de vie qui lui convenait. Il allait bientôt achever ses sept années de présence à la Maison de Retraite lorsque la perspective d'une opération est envisagée. Il souffre tellement lors des crises de plus en plus rapprochées qu'il fait le choix de l'intervention chirurgicale. Il sait très bien les risques qu'il prend ainsi mais sa décision est prise.
Malheureusement ce qui était à craindre arrive : il décède quelques jours après l'intervention, le 1er juin 1995.
La célébration des funérailles a lieu la 6 juin en l'église Saint Sébastien d'Annappes, suivie de l'inhumation dans la concession des Frères.
Voici pour terminer le souvenir du défunt le témoignage du Frère Michel Sauvage :
«
Notre Frère Émile a été, la vie durant, un religieux généreux, toujours disposé à répondre aux appels de l'Institut dans l'exercice de ses responsabilités. Il était conscient de ses limites mais transformé par sa Foi et sa confiance en Dieu. »
Rédigé à partir du mot d'adieu du Frère Gérard DERVAUX
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